Dire qu'il y a un an presque jour pour jour, je revenais sur ce blog. Etrange coïncidence. En plus j'ai quelque chose à dire, merveilleux non ? Allez, replongeons-nous dans le passé...
La névrose. Terrible et insidieuse. Sournoise et omniprésente. C’est hallucinant, comme les films reprennent en cœur le même cliché, quand il se veut un minimum honnête et proche de la réalité, loin des contes de fées et autres comédies romantiques, où héros et héroïne finissent invariablement ensemble, comme une évidence, sans que le tabou de l’attirance pour une autre personne ne soit évoqué. Non, dans ce genre de film à l’eau de rose, on ne peut aimer qu’une seule personne, on ne peut désirer qu’une seule personne. Ceux qui doivent finir ensemble dès le début du film finiront ensemble. Ceux qui se rencontrent au début du film ont le coup de foudre l’un pour l’autre et finissent ensemble, malgré les péripéties. Parce que ça ne peut pas être autrement, parce que sinon ce serait bousculer le public, à qui l’on rabâche que le bonheur, c’est se marier, avoir des gosses, acheter une maison, suer au travail pour payer les études de ses rejetons, être à la retraite, garder ses petits-enfants, entretenir un petit jardin, faire les voyages qu’on n’a pas eu le temps de faire plus jeune, et mourir dans son sommeil.
Mais il y a des films qui se veulent audacieux, sortant de l’ordinaire. Dans la surenchère de tromperies et d’échangisme, où l’amour ne rime à rien et où il n’y a que le sexe qui compte, on a Closer. C’est fatigant. Parce qu’on veut nous faire comprendre que quoi qu’il arrive, tout le monde trompe tout le monde, tout le monde se ment, et qu’il n’y a pas d’autre issue que le drame à toute relation. Et il y a d’autres films qui se veulent plus édulcorés, plus proches de nous. Last Night en fait partie. Couple marié, apparemment uni et amoureux, pas encore dans le train train quotidien mais qui commence à défaillir un peu. Une soirée, où la fille se rend compte que son mari n’a pas dit un mot au sujet de sa pas si nouvelle collègue, belle, brillante, dont il connaît beaucoup de choses, avec qui une complicité crève les yeux. Et un contact fugace par ci, et un regard appuyé par là… Forcément, elle névrose, et il faut dire que je la comprends parfaitement. En fait, je me suis complètement reconnue là dedans. Le doute, constant chez cet écrivain qui se la joue journaliste freelance parce qu’elle n’arrive pas à boucler de roman, trop emportée par une spirale de « je fais des choix mais je doute de mes choix donc je finis par laisser tomber », c’est hallucinant comme je m’en suis sentie proche. Invariablement, on fait le parallèle, on se dit « et moi », on imagine que ce qui va lui arriver va nous arriver aussi, et on est en totale solidarité avec elle. La collègue représente le mal, le démon. Alors elle montre qu’elle a besoin d’être rassurée au retour de cette soirée, avec un ton sur la défensive, les mots accusateurs, les questions qui s’enchaînent afin de trouver la faille chez l’homme, afin de lui faire dire ce qu’elle redoutait. Oui, sa collègue lui plaît. Après de pathétiques tentatives pour la rassurer, des réponses questions, cette manière de retourner la situation en faisant croire à sa femme qu’elle est parano et qu’elle ferait mieux de se calmer, « le vin ne te réussit pas », bien sûr, technique manipulatrice visant les personnes qui doutent de tout, constamment, et surtout d’elles-mêmes, le plan parfait pour endormir la vigilance de la femme aux ambitions d’écrivain qu’on nous dépeint là, pour éviter de se regarder en face, « oui, je devrais mettre une distance avec cette collègue parce qu’elle me plaît, oui elle a raison d’avoir peur, je vais agir en personne de confiance, en mari qui a demandé en mariage sa femme parce qu’il l’aime, et je vais tout cesser avant que quoi que ce soit ne commence, parce que je ne veux pas tromper ma femme, parce que je ne veux pas lui faire de mal ». Non, tout ça ne lui traverse pas l’esprit. Tant qu’à faire, le lendemain il part en voyage pour son boulot avec sa chère collègue, on ne voit pas du tout la chose arriver à des kilomètres. Alors là, on se dit : soit c’est le coup du mec qui pense qu’avec sa queue, aucune surprise, il va se la faire, plusieurs fois. Ou alors il va avoir trop de remords et s’arrêter au baiser. Mais on sait à peu près de quoi il va en retourner, quand on observe bien la plastique d’Eva Mendes. Conclusion : les mecs pensent qu’avec leur organe génital, c’est un fait, c’est physique, c’est comme ça. Mais on va laisser le temps au film de nous montrer ce qu’il a à nous dire. La femme de son côté rencontre à cet instant un ancien petit-ami, séduisant, charmant, avenant, bref, ça lui fait du baume au cœur et ça égaye sa journée qui ne promettait pas d’être bien palpitante. Quand il a proposé de se voir au soir, à ce stade là du film, je comprenais qu’elle accepte. Je l’aurais fait à sa place. Pourquoi ? Parce que je n’aurais pas voulu rester seule le soir. Parce que ça ferait les pieds à monsieur qui joue avec la tentation d’une relation extraconjugale avec sa collègue. Oui, par simple esprit revanchard, et aussi parce que ça fait du bien de se sentir désirée, de flirter juste un peu. Mais surtout pour voir comment réagit monsieur. Oui, j’suis comme ça, j’aime attiser un peu de jalousie, sans pour autant me la jouer allumeuse. « Allo, chéri, tu passes du bon temps avec ta collègue ? Ben moi je m’ennuie pas non plus, j’ai trouvé par hasard un ancien ami, je sais pas si tu te souviens, Guillaume (oui celui qui est carrément craquant, canon, et à côté de qui t’as l’air d’un thon) ! Je l’ai pas vu depuis deux ans, et il repart demain très loin, donc faut en profiter ! Allez, bonne soirée hein, j’ai pas le temps là » Et bam, dans les dents. Mais ça se passe pas comme ça. Non, madame ne sait pas départager ses sentiments, savoir où se trouve le béguin et où se trouve l’engagement sentimental. Elle se laisse aussi tenter. Alors voilà, chacun va se laisser tenter de son côté : jusqu’où iront-ils ? Vont-ils se tromper mutuellement, et donc tout va bien puisque tout le monde trompe tout le monde ? C’est elle qui va le tromper, et lui se retenir ? Ou l’inverse ? Qui apparaîtra comme le ou la dernière des enfoiré(e)s ? Ca sera quoi, la fameuse morale de l’histoire ? Chacun de son côté évoque la tromperie, non ils ont jamais trompé, oui ils s’aiment. Voilà qui est fort bien. Ils vont s’alcooliser aussi, comme si bien sûr ça allait les aider à voir clair et à pas faire n’importe quoi… Tu parles. Alcool + tentation, en général, ça désinhibe, donc tout ce que la morale et la droiture nous interdit de faire, on a plus de chance de le faire quand on est bourré. Je vous apprends rien les loulous, fallait peut-être se dire « non, je bois pas ce soir, en plus demain ya une réunion importante pour laquelle je suis venu jusque là / en plus je suis pas trop à l’aise et Guillaume est trop craquant » « non, je ne passe pas de temps avec cette personne dans un état alcoolisé, je rentre chez moi et je bouge plus » Mais non, faut bien flirter avec le diable, parce qu’on a la quéquette qui démange, parce qu’on doute et que se savoir désirée ça fait du bien donc ça donne envie et parce qu’on a encore un béguin. L’étape du baiser est passé dans chaque couple, mais ça ne va pas encore plus loin. Du côté de madame, arrivée à la chambre d’hôtel de son ancien petit ami, elle le stoppe et lui dit que si elle va plus loin, elle ne pourrait plus regarder monsieur en face. C’est exactement ce que je me dirais, en fait. Même si la tentation en question était Guillaume en personne. Je pourrais tout simplement pas. Là je me dis bien joué ma vieille, c’est bien, allonge toi à côté de lui et laisse toi un peu câliner, c’est pas très grave, tu as passé le test avec succès. Mais du côté de monsieur : quelle surprise ! Après un plongeon dans un endroit à connotation sexuelle tel qu’une piscine, il la suit jusqu’à sa chambre et finit par la plaquer contre le mur, parce que merde, il a envie de baiser, et elle est bonne. Non, il n’a pas d’arrêt sur image, pas le visage de sa femme qui vient lui ôter toute envie de continuer, à aucun moment il y pense, à aucun moment il se dit « bon, et demain en la revoyant, je fais comment ? Et face à un miroir, j’vais faire comment ? ». Non, c’est mécanique, c’est physique, il a envie de la prendre, il la prend. Et voilà. Le lendemain Guillaume repart en ayant respecté les volontés de son ancienne petite amie, parce qu’il aurait très bien pu faire du forcing, elle aurait pas résisté bien longtemps. Et monsieur, rongé par les remords, observe le petit papier d’amour de sa femme glissé dans son costume, se souvient qu’elle existe, se souvient qu’il a fait une connerie. Qu’est-ce qu’il fait ? Il fuit la grognasse qu’il s’est tapé la veille, au moins deux fois selon les infos donnés par cette dernière, et il retourne chez lui, parce qu’il se rend compte qu’il aime sa femme, et que surtout, ses couilles sont bien vides. Il la regarde, la serre dans ses bras, et lui dit « je t’aime », sans que ça ne le dérange. Enfin, il le fait, il en est capable, alors que quelques heures plus tôt, il se tapait une autre nana !
Alors voilà la morale de l’histoire : les mecs pensent avec leur verge, et les femmes avec leur cœur. Encore un beau foutu cliché. Encore quelque chose qui alimente la névrose. Les femmes peuvent pas mentir ou tromper, les hommes oui, et sans vergogne s’il vous plaît ! Le pire dans tout ça, c’est cette pauvre femme mariée qui naïvement a assuré à son ancien amant « il fera rien », elle a confiance, elle fait confiance à son mari, aveuglément, et elle est allègrement prise pour une conne. Ca se trouve, s’il ment bien, jusqu’à la fin de sa vie. Alors qu’elle aurait pu profiter de ce cher Guillaume. Se faire plaisir. Au lieu de se retenir et de s’entraver pour un mec qui la prend pour une conne.
Ce serait encore plus naïf de croire que, quand on est en couple, on ne peut avoir d’attirance que pour la personne avec qui on est. On peut trouver une autre personne attirante, même très attirante. C’est normal. Mais dans ce cas, on sait ce qu’il faut faire. S’en éloigner le plus possible, éviter de se bourrer la gueule en présence de la tentation en question, et se divertir autrement. Sinon, autant coucher avec la première personne qui nous plaît. Ou autant pas se marier. Parce que ça, chacun est censé le savoir. Oui, on sera invariablement attiré par quelqu’un d’autre à un moment donné, mais on peut aussi se dire à ce moment là que céder à la tentation vaut pas le coup, par rapport à l’histoire qu’on vit, à la confiance établie. Je trouve le film plutôt juste et proche de la réalité. Mais ça fait vraiment chier.


Créer un blog


